« Il faut saluer Ritsos et le dire très haut, c'est un des plus grands et des plus singuliers parmi les poètes d'aujourd'hui. Pour ma part, il y avait longtemps que quelque chose ne m'avait donné comme ce chant, le choc violent du génie. »

Louis Aragon

Les Lettres françaises, 28 février 1957.



Introduction :


C'est à l'occasion d'une prestation improvisée pour le Théâtre en Garrigue, en août 2009, que Hélène Bardot et Henri d'Artois font connaissance.

Très vite ils constatent la proximité de leurs imaginaires.

Dans le feu d'une discussion, Hélène Bardot évoque Yannis Ritsos comme étant l'un de ses poètes « source »... grand amoureux de littérature et de poésie,   Henri d'Artois s'empresse d'aller à la rencontre de cet auteur. Bouleversé et impressionné par la puissance de ses textes, il lit plusieurs œuvres avant de s'arrêter sur les « Les vieilles femmes et la mer » dont la forme, selon lui, invite à un traitement musical polyphonique et scénique.


Présentation du texte :


Les vieilles femmes et la mer (1959)


« Sept vieilles femmes, mères et grand-mères de marins, sont assises devant leurs maisons et parlent de leur préoccupations. »

Dans le crépuscule, ces femmes évoquent leurs souvenirs, parlent d'hier et d'aujourd'hui, recréant un monde merveilleux dans sa continuité, son ordre, sa sainteté. Employant un langage très simple, ces vieilles femmes faites de terre et de mer recomposent leur vie, une vie tissée d'événements quotidiens, « banals », de soucis et d'amour. C'est un chœur d'ombres ou d'esprits, faits d'une matière aussi légère que les os de ces femmes « qui restent sans chair et sans moelle, telles de vieilles flûtes ». Comme de vieilles flûtes, elles chantent, oubliées là, presque depuis l'autre rivage de ce monde, avec cette voix du vent et de la mer, la mer qui était leur vie, leur rythme, leur amour et leur peur; la mer qui fait grandir les enfants, qui leur arrache les enfants, qui circule dans les veines de tous.

Elles parlent de leur modestie, de leur fierté, de ces petites choses qu'elles ont bénies de leurs mains, vivant sans connaître le secret de la création; ou bien, le connaissant, mais feignant l'ignorance, car elles possèdent la grande science de l'indulgence et de l'humilité. Ces femmes retirées déjà de la vie et pour tant liées à cet espace, à ce soir qui tombe, triste, plein de souvenirs, on dirait qu'elles partent dans une danse nocturne, imprégnées de cette saveur de la continuité et de l'utilité, même du superflu. On dirait qu'elles son t déjà endormies dans le sein de la terre : « Bénie soit la vie, et la mort bénie. »


Chrysa Prokopaki

dans Yannis Ritsos Poètes d'aujourd'hui, ed. Seghers, 1971



Ce texte se présente sous la forme d'un chœur qui porte une parole que les femmes se partagent tour à tour.


Présentation projet :


Ce qui frappe dans ce texte c'est sa construction musicale. En effet les sept personnages évoquent sept instruments homophoniques qui interprètent tour à tour des parties fuguées et des tutti. On croirait entendre un ensemble de cordes ou de bois.

Aucune de ces femmes n'est singularisée, sauf peut-être la « Capitaine » qui arrive en dernier pour marquer l'acmée de cette partition. Cela nous a incité à faire dire toutes les voix par une seule comédienne.

Ces voix sont diffusées par huit enceintes acoustiques qui, selon la disposition des lieux, entourent les spectateurs ou bien sont disséminées parmi eux. Deux sources supplémentaires diffusent la musique ainsi qu'un chant de femme.

Dans cet espace évolue la comédienne qui donne chair à cette parole.


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